Adequation entre formation et vie en entreprise : le face-à-face Fioraso-Gattaz

Une priorité du gouvernement Ayrault était de fournir aux étudiants des programmes adaptés aux besoins des entreprises. Pour cela, il a mis en place par le biais de sa ministre de tutelle le comité Sup’emploi destiné à rapprocher entreprises et universités.

Pour mieux comprendre sa mission et ses objectifs, la ministre de l’enseignement supérieur Geneviève Fioraso et le président du Medef livrent leurs avis dans un débat.

pierre gattaz

Cette initiative de Geneviève Fioraso intervient après celle du ministre de l’éducation nationale qui a voulu faire entrer davantage l’entreprise à l’école. Ce comité sera co-présidé par 2 chefs d’entreprise : Françoise Gri et Henri Lachmann.

L’idée du rapprochement de l’enseignement supérieur de l’entreprise n’est pas une chose nouvelle et on s’interroge sur ce que ce nouveau comité pourra apporter

Pour Geneviève Fioraso, ce comité se différencie de tout ce qui existe déjà par plusieurs points. D’abord, dans sa structure il est composé de professionnels de l’entreprise, de la formation et de la recherche qui y siégeront en tant que personnes qualifiées. Ensuite, il sera dirigé par deux chefs d’entreprise.

L’objectif est de rendre les diplômés aptes à faire face aux défis de l’entreprise à travers une formation initiale puis une formation tout au long de la vie. Ces formations seront plus axées vers les métiers avec des enjeux importants comme l’allongement de la durée de vie, la transition énergétique, la chimie verte, etc.

Selon Pierre Gattaz, c’est une belle initiative dont le succès est cependant incertain

Pour lui, il faut carrément inverser la tendance en concevant des formations basées sur les besoins actuels et à venir dans les filières futures, sans quoi, ce serait un leurre. Aujourd’hui, on enregistre un manque de soudeurs, de chaudronniers, de décolleteurs alors que tout le monde cherche à avoir un Bac+5 pour être quelqu’un.

Quant à la volonté du Medef de co-piloter les formations, la ministre est favorable. Elle pense que c’est un modèle qui existe déjà dans la gouvernance des universités avec davantage de contribution des opérateurs économiques. Cette stratégie a permis à de nombreuses universités de bénéficier d’un partenariat avec les entreprises. Aujourd’hui, le résultat est satisfaisant même s’il reste encore des efforts à fournir.

Le président du Medef salue le travail abattu par la tutelle universitaire et le choix de rapprochement vers les chefs d’entreprise. Il pense cependant que la formation dispensée doit surtout être orientée vers la vie en entreprise dont on attend des efforts supplémentaires urgents de la part des responsables.

Les avis divergent sur l’efficacité de cette nouvelle commission

Le patron du Medef est sceptique, même s’il adhère à l’initiative. Pour lui, son succès est conditionné par un plan d’actions. Selon la ministre, il faut dépasser les préjugés et constater les résultats sur le terrain. Les universités sont par exemple dotées de laboratoires de fabrication et d’ateliers de créativité. De plus, la qualité de la formation dispensée se justifie par le nombre important d’étudiants étrangers accueillis chaque année. Pour elle, la formation universitaire est simplement méconnue. Le véritable problème est que les étudiants n’arrivent pas à transformer leurs inventions en innovation une fois en entreprise. C’est pourquoi la nécessité de rapprocher les 2 mondes est un impératif.

Cet avis est partagé par Pierre Gattaz qui souhaite que le bouchon soit poussé plus loin et rapidement. Les universités et les entreprises doivent concevoir conjointement des programmes pour définir les métiers de demain.

Les positions des 2 responsables vis-à-vis du projet gouvernemental visant à instaurer des quotas de stagiaires dans les entreprises divergent

En effet, le boss du Medef exprime son inquiétude et fustige la manière de faire du gouvernement pour régler les problèmes de l’emploi. Il lui reproche d’empêcher les entreprises d’être compétitives par manque de confiance, et de les asphyxier en leur imposant des quotas, des pénalités, et cela même aux petites entreprises au bord du gouffre. Pour défendre le gouvernement, Geneviève Fioraso explique que ces mesures visent à protéger les jeunes qui constituent la force vive du pays en évitant les abus.

En conclusion, Pierre Gattaz pense que l’idéal est d’intégrer les jeunes le plus tôt possible par des stages, de l’alternance, de l’apprentissage, etc. Il propose également que les élites subissent obligatoirement en fin d’études un stage en entreprise en France ou à l’étranger. Dans ce cadre, il faut cesser d’énerver les entreprises avec des projets et des propositions de loi fâcheuses.