Inscription au RNCP : les impacts inattendus / inespérés / indirects

Les organismes qui enregistrent leur certification au RNCP doivent parler la langue et la logique « compétence » souvent loin de la langue et de la logique « formation ». Cependant certains saisissent cette opportunité pour reconsiderer la pédagogie qu’ils mettent en œuvre.

les impacts de l'inscription au rncp

De nombreux organismes de formation demandent l’enregistrement de leurs certifications au RNCP, « vitrine officielle de l’offre de formation française» essentiellement pour satisfaire à une obligation règlementaire, donner une reconnaissance nationale à leur formation ou pérenniser les financements rarement pour remettre en cause les contenus de formation ou l’ingénierie pédagogique.

Or les critères d’analyse d’une demande d’enregistrement au RNCP intègrent ceux du  CEC (cadre européen des certifications) qui orientent les descripteurs de la certification professionnelle sous l’angle des finalités d’apprentissage. Il devient donc nécessaire de décrire les compétences inhérentes au métier visé ainsi que leurs modalités de validation, nulle part il n’est question de pédagogie.

Comme le dit Georges Asseraf, Président de la CNCP, « … entrer dans cette démarche n’est pas sans difficultés tant pour en faire comprendre le sens que pour la mettre en pratique eu égard aux habitudes profondément ancrées dans des logiques de savoirs » Limoges 20 septembre 2012 « la VAE 10 ans après »).

Pour nous consultants qui accompagnons ces organismes, leur frustration est perceptible

Toutefois si certains d’entre eux ne souhaitent pas modifier leurs pratiques, d’autres saisissent cette opportunité. Ils voient comme un atout la possibilité de poursuivre la réflexion amorcée lors de la rédaction de la demande d’enregistrement et se lancent dans une démarche d’innovation pédagogique. Ils développent une stratégie de développement des formations articulant travail et formation.

Deux approches sont alors possibles : un travail sur l’évaluation, ou une approche par compétence, encore appelée pédagogie de l’intégration

Les travaux sur l’évaluation paraissant souvent plus simples et plus rapides il est fréquent qu’ils constituent le point de départ du changement, même si cela ne paraît pas le plus logique. Dans quelques rares cas les deux démarches peuvent être conduites de façon itérative.

L’évaluation

Le travail sur l’évaluation nécessite de se pencher sur quelques fondamentaux, en particulier sur son objet : quelles compétences et non plus quels savoirs évaluer ? et sur la manière de procéder : quelles modalités choisir pour se rapprocher le plus possible des situations de travail réelles ?

Etudes de cas, projets, ou situations professionnelles reconstituées, viennent compléter – voire prendre le pas – dans certains établissements sur  partiels, examens sur table , QCM … Ainsi les évaluations s’inscrivent  dans un dynamisme nouveau et dans la durée.

L’apprenant, face à des situations complexes, mobilise les savoirs qu’il a acquis pour les mettre en actes et montrer ainsi sa capacité à agir avec compétence. Considérer ainsi les savoirs formalisés en tant que « savoirs appliqués », permet de leur donner le sens qui fait parfois défaut lorsque l’enseignement est trop académique.

Les modalités d’évaluation ne sont pas les seules concernées, les critères et les indicateurs sont aussi revisités. Il est souvent nécessaire d’en reconsidérer le nombre et de se poser régulièrement la question « quelqu’un qui échoue à ce critère, peut-il néanmoins être déclaré compétent ? ». Si la réponse est oui, alors il n’est pas pertinent.

Par ailleurs ils doivent être observables, mesurables et si possible multi situationnels c’est à dire applicables aux situations rencontrées en formation, en entreprise, ou relatées dans le cadre de la VAE.

Les premières réticences vaincues, le travail d’élaboration terminé, à condition de n’avoir pas réalisé un système trop complexe, apprenants et enseignants y trouvent plusieurs avantages : évaluations plus justes (moins d’échecs ou de réussites abusives), valorisation des points positifs, identification plus précise des difficultés rencontrées.

De plus les grilles élaborées peuvent également être utilisées dans le cadre d’autoévaluations favorisant l’autonomisation des apprenants

Les entreprises sont aussi impactées. Leur rôle est enrichi : les évaluations qui leur sont confiées ne sont plus axées principalement – voire parfois uniquement – sur les comportements (être ponctuel, intégré, etc.) mais concernent aussi les performances attendues par rapport à une activité ou à une production.

La mise en place d’une approche par compétences

Son principe est de concevoir l’organisation de la formation non plus à partir des disciplines des savoirs savants, mais à partir  compétences. L’approche est modulaire, un module couronnant un ensemble d’apprentissages.

La démarche, relativement longue et complexe, nécessite une volonté réelle de la direction car elle implique des changements d’organisation et concerne la totalité de l’équipe pédagogique qui doit travailler davantage en interdisciplinarité.

Les changements organisationnels sont souvent complétés de changements au niveau de l’animation qui va donner aux apprenants l’occasion d’exercer la compétence visée : ils sont appelés à mobiliser des ressources pour résoudre des situations de complexité croissante, les enseignants se positionnant comme des personnes ressources.

C’est une autre didactique qui est ainsi développée qui permet de vérifier que les apprenants ont intégré les ressources acquises, sont capables de développer des habilités cognitives de niveau supérieur (analyse,  esprit critique, auto évaluation, etc.) et des habilités métacognitives (comportement réflexif).

Pour mettre en œuvre cette approche il est nécessaire dans un premier temps d’identifier les compétences à acquérir. A cette étape les compétences définies dans le référentiel de compétences RNCP peuvent être subdivisées pour correspondre à des unités plus petites ou au contraire regroupées, en particulier lorsque les apprenants travaillent en mode projet.

Ensuite il convient de leur affecter les ressources nécessaires en termes de savoirs, procédures, … Cela permet la remise à plat des contenus et parfois d’identifier des redondances dans les sujets traités.

Les pratiques actives utilisées pour la mettre en œuvre (mises en situation, projets, approche par problème, …) rejoignent celles utilisées dans les dispositifs de formation alternée et peuvent également servir aux évaluations.

Les avantages d’une approche par compétences sont nombreuxrncp

Un tel angle permet de :

  • Donner du sens aux apprentissages
  • Favoriser le développement de la construction de apprentissages par l’apprenant en encourageant une approche analytique et réflexive des situations problèmes rencontrées
  • Permettre une meilleure insertion dans le tissu socio-économique

L’inscription au RNCP a d’autres conséquences indirectes :

  • Une amélioration de l’accompagnement des titulaires. L’insertion professionnelle critère prépondérant incite les organismes à mieux structurer le dispositif de suivi, certains vont même jusqu’à la mise en place, lorsqu’elle n’existait pas, de réels dispositifs d’insertion professionnelle qui perdurent durant une année, voire plus, après l’obtention du titre.
  • Le rapprochement avec les entreprises. La création de conseils de perfectionnement, la participation aux jurys, améliorent la relation avec le monde professionnel. Chacune de ces occasions est aussi un moment de promotion pour l’établissement qui peut ainsi démontrer les ajustements pédagogiques aux évolutions des métiers.
  • Mettre en œuvre cette nouvelle ingénierie de formation permet aux organismes dont les certifications sont inscrites au RNCP de mettre en congruence les critères d’analyse de la CNCP et la formation ce qui leur donne des avantages en terme de qualité de formation, de relations avec les entreprises clientes et aussi de facilitation dans la rédaction du dossier de renouvellement car rappelons le, une certification n’est inscrite au RNCP que pour une durée limitée.